Décidément dans les relations internationales, tous les coups sont permis ! Si le péril jaune semble relever aujourd'hui du passé, son spectre a encore hanté les capitales occidentales l'an dernier à travers la crise de la firme automobile Ford. Tout semble bon aujourd'hui pour déstabiliser la Chine, le grand rival… de la doctrine du Géant aux pieds d'argiles à l'étiquetage de contrefacteur N°1 et de mouroir des droits de l'Homme.
CHINE-TIBET : LE CONTEXTE
Amnésiques ou pas, les dirigeants Occidentaux semblent oublier que la Chine a envahi et mis sous sa domination le Tibet depuis le début du XVIIIe Siècle (donc bien avant que la France, l'Angleterre et la plupart des Etats occidentaux n'aient leurs configurations géographiques actuelles)
. Cependant, il convient de présenter les relations sino-tibétaines sous deux ères : celle de l'Empire Chinois, et celle de la République Populaire de Chine.
. Cependant, il convient de présenter les relations sino-tibétaines sous deux ères : celle de l'Empire Chinois, et celle de la République Populaire de Chine.
Le gouvernement impérial et le Tibet.
En effet, du XIIIe au XIVe siècle, le Tibet vécu sous domination Mongole, et ne reprit son indépendance qu'en 1368. Au début du XVIIIe siècle, les Mongols intervinrent de nouveau dans la vie politique du Tibet lorsque le sixième dalaï-lama fut accusé d'imposture puis déposé. Une guerre civile s'ensuivit à laquelle la Chine mit fin. En 1720, des troupes chinoises expulsèrent les Mongols et entrèrent dans Lhassa. Les empereurs Qing affirmèrent ipso facto leur souveraineté sur le pays, en laissant dans la capitale des représentants et une petite garnison. Ces troupes défendirent le Tibet contre les visées impérialistes du Népal (1788), et renforcèrent les liens entre le clergé tibétain et le gouvernement impérial de Pékin.
En 1904, suite au déclin de l'empire mandchou, le Tibet - gouverné par le treizième dalaï-lama et pratiquement libéré de la suzeraineté chinoise - est envahi par les Britanniques qui redoutent l'expansion russe en Asie centrale et craignent un rapprochement entre le tsar et le dalaï-lama. Deux ans après, une convention sino-britannique fonde la consécration normative de la reconnaissance de la souveraineté de l'Empire chinois au Tibet, en contrepartie du paiement d'une forte indemnité aux Britanniques qui retirent leurs troupes. En 1907, les Britanniques et les Russes s'engagent par accord bilatéral à ne pas intervenir dans les affaires tibétaines, compétence exclusive de la chine.
La Chine républicaine et Lhassa.
En octobre 1950, soit un peu plus d'un an après la proclamation de la République populaire de Chine, l'Armée populaire de libération de Mao se rue sur le Tibet. Aucun Etat n'intervient ! Même la plainte adressée à l'ONU en novembre 1950 demeure lettre morte : consensus général ? Qu'importe ! Le 23 mai 1951, le gouvernement tibétain est contraint à signer un traité qui réunit le Tibet à la Chine populaire en échange du maintien des droits de leur chef spirituel et du respect des monastères bouddhistes. Depuis lors, la suzeraineté de la Chine sur cette province se traduit par le contrôle des domaines de la santé, de l'éducation, de la police et de l'armée par Pékin. Les Chinois redoublent d'efforts pour créer un réseau routier, construisent des aéroports dans différentes parties du Tibet ainsi que des routes militaires. Et même s'il faut reconnaître que la Chine est bien loin de passer pour un modèle en matière de garantie des droits de l'homme, les droits de la femme ont connu un essor certain au Tibet depuis cette date, le taux de scolarisation est passé de 2% à l'époque à 81% aujourd'hui, et l'espérance de vie des esclaves est passée de 35 à 67 ans. Trois ans plus tard, l'Inde, la Grande Bretagne, l'ex-URSS et l'Inde reconnaissent formellement le rattachement du Tibet à la Chine, et ceux-ci sont bientôt suivis par plusieurs autres capitales occidentales. Le dalaï-lama est élu vice-président du Congrès national du peuple et, en 1956, il est nommé président et le panchen-lama premier vice-président du Tibet. Pékin abolit la pratique des dettes agraires au Tibet et abroge les codes qui catégorisaient la population en neufs classes - selon le niveau de vie de chacune d'elles – et donnaient aux propriétaires de serfs et d'esclaves le droit de vie et de mort sur ceux-ci.
Mais très vite, l'idéologie marxiste impulsée par Pékin va heurter la population paysanne et profondément religieuse du Tibet, ce qui va favoriser la démultiplication des guérillas, d'où l'insurrection de 1959 qui provoqua la fuite du très jeune quatorzième dalaï-lama à Dharamsala – en Inde – où il établi un gouvernement en exil. Le Panchen-lama est alors nommé président. Cette révolution, pensée, armée et financée par les U.S.A. dans le cadre de la guerre froide, a plutôt permis de mettre fin à la version tibétaine de la Charria qui légitimait les violences et châtiments sanglants des moines à l'encontre des contrevenants à la loi religieuses dont ils étaient les gardiens.
En 1965, le Tibet est découpé en deux zones administratives : La région autonome du Tibet et Qinghai (le reste du Tibet étant réparti entre les provinces voisines du Yunnan, de Sichuan et de Ganta). Depuis lors, les relations entre la Chine et sa province sont très délicates. La révolution culturelle chinoise a provoqué de nombreuses exactions et violations outrées des droits de l'homme au Tibet, et l'octroi du prix Nobel de la Paix au quatorzième dalaï-lama - Tenzin Gyatso - en 1989 semble avoir eu pour effet pervers l'accentuation du courroux des autorités de Pékin.
Outre l'oppression permanente des tibétains, Pékin assouplit et durcit sa politique au Tibet selon la conjoncture (suppression de la liberté d'opinion, stricte surveillance de la population, contrôle des activités religieuses et installation de colons chinois d'origine Han).
L'enthousiasme dont fait montre les partisans du sécessionnisme aurait donc pour ultime conséquence la réécriture de plusieurs siècles de l'histoire de tout un peuple, le peuple chinois.
UN DROIT EN VAUT PLUS Q'UN AUTRE ?
Pour mémoire, la crise tibétaine a pris de l'ampleur avec la destruction des biens des membres de la tribu Han, dont les autochtones ne supportent plus l'opulence et l'arrogance. A l'observation, les seuls chiffres comptant dans les bilans dressés par les médias occidentaux sont ceux provenant du gouvernement tibétain en exil ! Pourtant il nous semble que le gouvernement de Pékin déplore aussi des pertes non négligeables… La vie d'un opérateur économique chinois, bastonné et molesté et traîné dans la rue, a-t-elle moins d'intérêt que celle d'un manifestant tibétain ? Certes, il serait injuste de ne pas reconnaître la démesure de la répression, mais qu'il nous soit prouvé que celle-ci se démarque de l'action de la police française à l'encontre des jeunes « voyous » lors de la récente crise des banlieues en France.
« LA PAILLE ET LA POUTRE »
Toutes les puissances occidentales, celles qui ont occupé et occupent encore des terres de par le monde entier, ceux qui soutiennent les tyrans africains, ceux qui envahissent l'Irak et mettent le pays à feu et à sang pour y faire régner « l'ordre », Ceux qui légalisent la torture et la peine de mort, ceux qui cautionnent l'occupation illégale de la Cisjordanie et de Gaza, ceux qui récemment n'ont pas pu réprimer leurs agents de police qui ont molesté – ce 06 avril 2008 - soixante « sans-papiers » en grève de la faim et en attente de reconduite à la frontière dans un centre de rétention administratif (Vincennes), tous ceux-là, et bien d'autres encore volent au secours du droit du peuple tibétain à s'autodéterminer.
Nul doute que ceux qui agitent le drapeau tibétain à l'occasion des J.O. de Pékin agiteront aussi le drapeau Irakien lors de la visite, dans leur pays, d'un dirigeant américain (du régime G. W. Bush) et organiseront une marche afin de protester contre le fait que les détenus de Guantánamo soient privés de leur droit à l'assistance d'un avocat. Sauf pour eux de reconnaître que leur intérêt pour la défense des droits de l'homme est à géométrie variable !
UNE SIMPLE QUESTION D'INTERETS OCCULTES
Comment ne pas rapprocher le boycott des J.O. de Moscow de la menace de boycott de ceux de Pékin, guidés par le même prétexte, et s'inscrivant à l'époque dans un contexte de guerre froide ? Les mêmes effets ne cachent t-ils pas la même cause ?
Comment comprendre le jusqu'auboutisme des militants occidentaux qui semblent vouer un amour au Tibet plus ardent que celui du Dalaï Lama lui-même, du moment où ceux-ci, contrairement à l'autorité spirituelle en exil, militent pour l'indépendance du Tibet et pour le boycott des J.O.
Comment concevoir l'attitude de certaines capitales occidentales qui semblent plus prêcher le bon exemple à l'extérieur de leurs frontières nationales qu'à l'intérieur, si ce n'est par la haine et la crainte de concurrence du rival émergeant ? Loin de la volonté de respecter et de faire respecter les droits de l'homme - que semble prôner le pseudo droit-de-l'hommisme américano-européen - les attaques contre le régime de Pékin ne s'expliquent essentiellement que sur un terrain géopolitique : les américains ont bien intérêt à combattre la montée en puissance de la Chine. Les milliards de bons du trésor stockés en Chine commencent à ressembler à une bombe financière à retardement.
Si un boycott devait avoir droit de cité, pourquoi dans le domaine du sport, moment de communion et d'harmonie ? Pourquoi pas simplement celui de la finance et des affaires comme à l'accoutumée, lorsque de situations semblables se présentent ailleurs ? Une autre question qui fuse dans notre esprit est celle de savoir comment la Chine, qui a la réputation de violateur manifeste des droits de l'Homme, a pu convaincre le C.I.O. et ses Etats membres – y compris ceux-là même qui militent aujourd'hui pour le boycott - de lui confier l'organisation des J.O. de 2008 alors même que le respect, la protection et la garantie des droits de l'Homme font partie intégrante des principes fondamentaux dudit Comité ?
Par ailleurs, il est vrai que la non participation aux grands évènements organisés par un Etat qui ne respecte pas les principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies fait partie des mesures de rétorsions prévues par le droit international. La légitimité d'un boycott des J.O. de Pékin ne souffrirait sur ces entrefaites d'aucun doute. Certes les J.O. sont pour la chine un moment de prestige national – une occasion idoine de montrer sa montée en puissance, son savoir faire, sa réussite économique et sa capacité d'organisation et aussi de se vendre en faisant oublier les dérives du régime – mais le boycott en tant que tel est-il opportun ? Quand on sait que depuis un cinquantenaire la Chine est l'objet de pressions et de mesures à effets psychologiques visant à toucher à son image sur la scène internationale, dans le seul but de la contraindre à respecter les droits de l'Homme, mais en vain, on peut être sceptique quand à l'efficacité de la menace de boycott des J.O. de Pékin (qui ne sont qu'une pression supplémentaire purement psychologique).
Par ailleurs, les fameuses techniques de résolution pacifiques des conflits disponibles en droit international (Médiation, bons offices, conciliation…) ne seraient-elles pas transposables dans le contexte actuel ? Personne n'a jamais pensé à approcher ou à inviter le Président ou le Premier Ministre de la République Populaire de Chine à cette fin ; même pas le Secrétaire Général de Nations Unies. Il est cependant important de tirer un coup de chapeau à M. José BARROSO qui, sans avoir à requérir l'aval des 27, s'est rendu dans l'Empire du Milieu pour proposer des solutions de sortie de Crise au Premier Ministre Chinois - après avoir bien entendu réaffirmé la position de l'U.E. sur la question du Tibet, et reconnu l'appartenance du Tibet à la Chine - solutions qui intègrent notamment la reprise du Dialogue avec le Dalaï Lama et dont les premiers fruits semblent déjà fleurir. Les réactions occidentales face aux évènements du Tibet semblent donc être un prétexte entièrement conçu à l'usage d'un public conditionné par la répétition d'images qui visent à créer de l'évidence davantage que de la réflexion.
VERS UN MATRAQUAGE MEDIATIQUE ?
Un touriste Chinois - originaire du Tibet – interviewé ce vendredi 25 Avril sur la Chaîne de télévision France 24 a reconnu qu'il était impossible pour les personnes résidentes en Chine de recevoir des émissions des chaînes de télévisions étrangères ; ce qui constitue une violation aux droits fondamentaux, notamment le droit à l'information. Cependant, pour ce dernier, l'analyse des média occidentaux sur le problème tibétain ne corrobore pas les revendications de ce peuple qui ne réclame qu'un droit au bonheur qui se traduirait par « une vie normale, avec une voiture, un travail » et la fin des cotisations obligatoires à verser aux moines. En somme, une autonomie politique qui sera marquée par la fin de la suzeraineté de Pékin – qui n'aura plus alors avec le Tibet que des rapports du type Etat Fédéral-Etat fédéré – d'une part, et une autonomie vis-à-vis du religieux totalitaire.
Certes on peut s'insurger contre les violations des droits de l'homme dans le monde entier, la Chine y compris, mais on doit davantage regretter le contexte « émotionnel » sur lequel se cantonnent les médias occidentaux. On assiste de façon de plus en plus fréquente à la création quasi instantanée de foules qui prennent parti pour les causes les plus diverses, en contradiction flagrante avec leur silence vis-à-vis d'autres causes comparables, révélant une absence totale de cohérence et de pensée.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire