lundi 7 décembre 2009

COPENHAGUE 2009

(Article paru dans "Mutations"... www.quotidienmutations.info)
La chaleur des promesses engendrera-t-elle un refroidissement de la planète ?


Tandem ! Il est enfin arrivé, le sommet à double visage tant attendu. Sommet de tous les espoirs, mais aussi de toutes les divergences de vues, la conférence de Copenhague sur le climat a ouvert ses travaux ce lundi 07 décembre. Avec 192 Etats participants (dont 167 Chefs d'Etats au moins ont annoncé leur présence le 18 décembre, jour de clôture de la conférence et de la signature éventuelle d'un nouvel accord) et un nombre impressionnant d'Organisations internationales et de forces transnationales (ONG, Lobbies…) au chevet de la planète pendant les deux semaines à venir, et ses enjeux notoires, cette 15ème Conférence se donne d'emblée comme le plus important rendez-vous de la communauté internationale dans le but de sauver le climat. Le Premier Ministre Danois, Rasmussen, parle du « sommet de tous les espoirs de l'humanité ». Censés inventer un après Kyoto avec des objectifs plus viables pour l'horizon 2020, les participants trouveront-ils le moyen de s'entendre pour sauver la planète d'un périple de plus en plus probant (la teneur atmosphérique en CO2, notamment, augmente de 0,4% par an)? Objectif, éviter que ne s'accentuent les dérèglements du climat en réduisant le réchauffement du climat d'au moins 2°C. Au-delà des promesses des grands pollueurs sur lesquels semblent se fonder le plus d'espoirs, Copenhague devra aboutir sur un triptyque d'accord précis et chiffré sur la réduction de l'émission des gaz à effet de serre, la répartition des quotas d'émission et, très importante mais visiblement moins débattue, la question du financement du développement propre dans les pays en développement.
Vers un accord précis et chiffré sur la réduction des gaz à effets de serre ?
Comme à Kyoto, les négociateurs réunis dans la capitale mondiale de circonstance du climat auront pour objectif de s'accorder sur la réduction des émissions de 6 principaux gaz à effet de serre : le gaz carbonique (CO2), le méthane (CH4), le protoxyde d'azote (N2O), les hydrofluorocarbures (HFC), les perfluorocarbones (PFC) et l'hexofluorure (SF6), pour l'ensemble des pays industrialisés, à l'horizon 2020, de l'ordre de 40% par rapport aux niveaux de 1990 ou de 1995 selon les gaz concernés. L'une des principales faiblesses des premières tentatives, Kyoto notamment, était principalement le retrait des USA, principal pollueur de l'époque, et la non prise en considération des grands émergeants comme l'Inde et la Chine (actuellement premier pollueur). C'est dans cette optique que Copenhague s'annonce plein d'espoirs : Le Japon s'engage à réduire ses émissions à l'ordre de -25%, l'Union Européenne et la Russie (vis-à-vis de qui Kyoto n'exigeait que la stabilité du taux des émissions), s'engagent à réduire considérablement ses émissions. Ce qui n'est guère surprenant, étant entendu que les seuls résultats encourageant depuis le protocole de Kyoto viennent de ces derniers (–2,3% pour l'Union européenne et –47,7% pour la Russie).
Toutefois, ceux qui entrent à Copenhague avec beaucoup de quiétude pourraient en sortir avec beaucoup d'inquiétudes, les principaux pollueurs ne semblant pas être préoccupés par la question climatique au même degré. En effet, pendant que l'Australie, et le Canada sombrent encore dans un mutisme plat sur leurs engagements, les USA (premier pollueur par habitant et deuxième en général) s'engagent à un taux équivalent au 1/10 seulement de ce qui pourrait être attendu d'eux (4% seulement par rapport au niveau de 1990), et la Chine prévoit une réduction de 40% à 45%, non pas de ses émissions de gaz à effets de serre, mais de sa capacité à les émettre. En clair, elle prévoit adosser la réduction de ses émissions à son taux de croissance. Pour elle, en tant que pays émergeant, il n'est nullement question de stopper son développement pour réparer les erreurs liées au développement insouciant des autres.
C'est peut-être cette revendication de la Chine, d'ailleurs partagée par tous les pays en développement, qui sera la matrice même des négociations. Il est établi aujourd'hui que le réchauffement de la planète est le prix que nous payons tous du développement des principales puissances, basé sur les technologies fortement polluantes en CO2. L'urgence est donc aux mutations des technologies actuelles vers les technologies propres. Ceci implique transfert des technologies vers les pays du Sud, et financement du développement propre, car la recherche et le développement durable c'est ce qui coûte le plus cher.
Mais qui va payer la note ?
Le chiffre évoqué par l'ONU est de 100 milliards d'euros par an ! Il a été repris par les pays membres du G77. Mais comment arriver à réunir ces fonds pour financer le transfert des technologies propres, le développement durable et la protection des forêts dans les pays en développement ? Le financement sera-t-il public ? Un Fond sera-t-il institué comme le propose l'Union européenne, avec un financement assuré par les Etats membres au prorata de leur PIB ou plutôt de leurs émissions ? Les pays en développement, qui contribuent de façon très modeste à l'émission des gaz à effet de serre, devront-ils y contribuer ? Tels sont les questions que devront résoudre les négociateurs de Copenhague.
Il est bien exclu toute idée de contribution des pays du Sud. Mais les grands émergeants, tels la Chine et l'Inde, dont les activités liées au développement les propulsent aux rangs de principaux pollueurs, seront interpellés sur la question de la participation au financement de l'aide au développement des pays en développement. Pourtant la Chine, premier consommateur de charbon et grand consommateur de pétrole, d'hydrocarbures et de gaz naturel (énergies fossiles produisant un très fort taux de CFC), par ailleurs possesseur de réserves de change importantes, n'est pas disposée à faire le moindre geste en ce sens. Les négociations dans ce sens ont toutefois commencées bien avant Copenhague, et se poursuivront à coup sûr dans les couloirs de la Conférence à travers les lobbies, comme le prévoit le mouvement vert green peace.
C'est autant de contradictions de vues et d'intérêts qui travailleront les débats au cœur de ce qui est perçue comme la plus importante mobilisation de tous les temps en faveur du climat. Copenhague arrivera-t-il à concilier les intérêts égoïstes de principales puissances industrielles, qui ne semblent pas prêtes à consentir un seuil de sacrifice, avec ceux des pays émergeants qui revendiquent leur droit naturel au développement (avec les moyens à leur disposition bien entendu) ? Pourra-t-on aboutir à l'érection d'une Organisation Mondiale de l'Environnement (OME), sorte d'OMC de l'environnement, selon la proposition française, qui veillera à ce que l'accord éventuellement trouvé ne soit pas qu'un vœu pieux de plus ? La solution au sortir de Copenhague serait davantage dans le juridique que dans le politique, avec notamment un système de sanction à caractères économiques. Dans ce sens, la proposition française peut séduire, précisément si cette OMC du climat dispose d'un organe de règlement des différends, afin que le respect des engagements pris à Copenhague ne soit pas délaissés à la seule bonne foi des signataires de l'acte final éventuel. Sans sombrer dans le pessimisme de certains, à l'image de Claude Allègre qui affirme, à tort ou à raison, qu' « on va fixer des quotas à Copenhague que personne ne va respecter », il faudrait peut-être penser que malgré ces mésintelligences, des espoirs peuvent être fondés sur l'ampleur de la conférence et l'importance de la mobilisation qui dénotent bien de la prise de conscience, par les sujets internationaux, de l'éminence et la pertinence des enjeux. Espérons que tous ceux qui y sont allés enchantés, n'en sortiront point déchantés.

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